Les troubles alimentaires comme l’anorexie et la boulimie, mais aussi l’hyperphagie, qui conduit au surpoids et à l’obésité, sont devenus très fréquents dans notre société, y compris chez les personnes atteintes de diabète de type 1 et de type 2. Voici un aperçu des signes d’alerte à prendre au sérieux et des risques associés.
Depuis le début des années 90, on sait que le diabète peut être associé à des troubles alimentaires, et les connaissances à ce sujet se multiplient, si bien que les personnes concernées bénéficient d’une aide plus pré coce. Cet aspect fait d’ailleurs pleinement partie de la prise en charge moderne et intégrative du diabète. Chez les personnes avec un diabète de type 1, les troubles alimentaires touchent principalement les jeunes – en particulier les filles et les femmes, pour qui un faible poids corpo rel ou une silhouette athlétique constituent un idéal à atteindre. Les spécialistes estiment que 12 à 15 % d’entre eux présentent des signes de trouble alimentaire. La combinaison « diabète et boulimie » est si répandue qu’il existe un terme pour la désigner : la diaboulimie. Très souvent, le diabète de type 2 est associé au sur poids et à l’obésité, d’une part en tant que cause, d’autre part en tant que conséquence du syndrome métabolique. Dans au moins la moitié des cas, l’obésité résulte de troubles alimentaires comme l’hyperphagie boulimique (épisodes de frénésie alimentaire sans comportements compensatoires), du grignotage et de l’alimentation émotionnelle. Le traitement par insuline mis en place après le diagnostic de diabète chez les personnes en surpoids sabote souvent les efforts consentis pour maigrir, ce qui explique pourquoi elles suivent leur traitement par insuline de manière irrégulière, afin de perdre du poids grâce à l’élimination du sucre
par les urines. Les personnes concernées sous-estiment souvent le risque accru de complications métaboliques qui découle d’un tel comportement, car elles souffrent bien plus du fait d’être en surpoids. Le traitement par des antagonistes des récepteurs du GLP-1 offre une issue possible, mais là encore, l’amélioration n’est que temporaire, car après l’arrêt du médicament, elles reprennent rapidement des kilos, par fois même plus qu’avant. Un coaching pour un mode de vie sain ou une psychothérapie sont donc nécessaires en parallèle du traitement.
La gestion du diabète comme facteur déclenchant
Les personnes avec un diabète doivent se préoccuper davantage que les autres de leur alimentation et de leur activité physique, ainsi que de leurs effets sur le métabolisme. Devoir compter constamment glucides et unités d’insuline, maîtriser les technologies et res pecter certaines restrictions sociales, ce sont là autant de facteurs de risque de développer un trouble alimentaire, plus encore lors de certaines périodes sensibles de la vie. Souvent, il s’agit d’une stratégie d’adaptation pour mieux supporter le fardeau du diabète – ce qui crée un véritable cercle vicieux. La normalisation du métabolisme recherchée en cas de diabète conduit souvent à une prise de poids indésirable. L’obsession de l’ultra-minceur comme idéal de beauté, tel que véhiculé par les réseaux sociaux, peut entraîner un profond mécontentement envers soi-même. Une telle obsession associée au désir de remédier à cette situation par une modification du comportement alimentaire peut constituer le premier pas vers un trouble alimen taire. Quel que soit le type de diabète, les comporte ments liés au trouble alimentaire entraînent une dété rioration de l’état métabolique et, par conséquent, une augmentation des complications et des maladies se condaires. Les hypoglycémies sévères et les acidocétoses récurrentes, qui sont des dérèglements métaboliques graves, peuvent même mettre la vie de la personne en danger.
Détresse et sentiment de culpabilité
Les personnes concernées subissent une double pression, entre leur diabète, qui les oblige à maintenir un bon équilibre glycémique et à en apporter la preuve lors des contrôles médicaux, et leur trouble alimentaire et des comportements qui menacent quotidien nement cet équilibre. Et parmi ces comportements, des jeûnes inappropriés, une activité physique excessive, une réduction ou omission arbitraire de l’insuline (purge d’insuline, « insulin purging ») ou encore l’administration d’une dose excessive d’insuline afin d’obtenir une normalisation rapide de la glycémie et d’atténuer la peur des maladies secondaires. Certaines personnes en viennent aussi à manipuler la pompe à insuline ou le capteur. L’expérience clinique montre que, souvent, les personnes concernées se sentent to talement isolées et coupables face à ce dilemme et qu’elles mettent des années avant d’en parler.
Parler, oui ; faire des reproches, non
Les proches, ainsi que les personnes de référence ou les spécialistes qui soupçonnent ou constatent de tels comportements, doivent faire part de leurs observations et de leurs inquiétudes, mais éviter les reproches. Ils doivent encourager les personnes concernées à se confier à des auxiliaires et à demander de l’aide. En cas de grande souffrance psychique, on peut aussi recourir à un accompagnement psychologique ou à un traitement psychothérapeutique auprès de spécialistes familiarisés avec les troubles alimentaires et le diabète. Cette mesure est particulièrement importante, car si non, les personnes concernées pourraient ne pas se sentir prises au sérieux ou avoir l’impression que leur vie est dictée par autrui. À l’adolescence, il est tout à fait normal d’expérimenter de nombreuses choses, comme des comportements à risque. Et donc, tout comportement alimentaire particulier ou toute purge d’insuline ne constitue pas forcément un trouble alimentaire nécessitant un traitement. Toutefois, si ce comportement continue à s’accentuer et prend progressivement le pas sur d’autres aspects de la vie, il est nécessaire d’agir rapidement, et une psychothérapie adaptée est recommandée. Les troubles alimentaires ont tendance à se chroniciser rapidement, ce qui a un impact très négatif sur l’évolution et le pronostic du diabète. Les consultations de diabétologie sont aussi l’occasion de poser des questions sur l’alimentation et le poids et d’évoquer ses angoisses liées au poids. Les proches non plus ne doivent pas rester seul·es face à leurs inquiétudes et doivent créer un réseau avec d’autres proches ainsi qu’avec les spé cialistes concerné·es des différentes disciplines.

