Mara, 34 ans, est enseignante et vit avec un DT1 depuis son enfance. Dès le réveil, elle consulte son smartphone. Sa glycémie est-elle stable ? Peut-elle commencer sa journée normalement ou doit-elle agir ? Ce qui peut sembler insignifiant vu de l’extérieur exige pour beaucoup de personnes atteintes de diabète une attention constante, nuit et jour. Chaque repas, chaque mouvement et chaque nuit s’accompagnent de nouvelles décisions et inquiétudes.

 

Le diabète ne dort jamais

Aujourd’hui, la technologie dédiée au  diabète fait plus que mesurer la glycémie et doser l’insuline. Elle contribue  à réduire l’incertitude, à faciliter la  prise de décisions et à diminuer au  quotidien la charge mentale des personnes avec un diabète. Ce faisant,  elle met sur le devant de la scène un  aspect longtemps resté au second  plan : la santé mentale des personnes  atteintes de diabète. Le traitement du  diabète a profondément évolué ces  dernières années. La mesure continue  de la glycémie (CGM), l’administration automatisée d’insuline et les applications de santé numériques permettent aujourd’hui une gestion plus  précise du diabète. Mais leur influence  ne s’arrête pas là : les technologies actuelles de gestion du diabète peuvent  contribuer sensiblement au bien-être  mental, à condition de s’intégrer judicieusement dans le quotidien et d’être  fiables.

Un fardeau souvent invisible

Les personnes atteintes de diabète  prennent chaque jour d’innombrables  décisions : Que vais-je manger ? Comment mon corps réagit-il ? Dois-je intervenir ? Cette sollicitation permanente entraîne chez beaucoup une  « détresse liée au diabète », un stress  émotionnel omniprésent, souvent invisible de l’extérieur. L’incertitude, la  perte de contrôle ou la crainte d’une  hypoglycémie font partie du quotidien de nombreuses personnes. Et  c’est précisément là que les avancées  technologiques entrent en jeu. Les  systèmes CGM fournissent des données en continu et identifient les tendances avant que des situations critiques ne surviennent. Elles donnent  une vue d’ensemble, au lieu de mesures ponctuelles. Pour beaucoup,  cela signifie surtout une chose : moins  d’incertitudes. Et parfois aussi le sentiment de ne plus être constamment  pris au dépourvu. Les alertes en cas de  valeurs inappropriées, ainsi que la  possibilité de partager les données  avec ses proches, apportent une sécurité supplémentaire. Un soulagement  notable, en particulier pour les parents ou les personnes ayant une perception limitée des hypoglycémies. Les systèmes d’administration  automatisée d’insuline, ou « systèmes en boucle fermée », y contribuent également. Ils prennent en charge une  partie des décisions thérapeutiques et  ajustent en permanence l’apport d’insuline, ce qui réduit non seulement les  risques, mais aussi la charge mentale.  Pour beaucoup de personnes concernées, avoir moins de décisions à  prendre au quotidien signifie surtout  oublier le diabète, ne serait-ce que  pour un court instant. La nuit notamment, cette forme d’automatisation  contribue à un meilleur sommeil et à  une plus grande sécurité. Les applications numériques vont encore plus  loin en aidant à identifier certains  schémas : Quel est l’impact d’un repas ? Quel rôle joue l’activité physique ?  Comprendre les liens entre ces facteurs réduit la frustration et permet  d’être plus confiant dans la gestion de  sa maladie. Plus qu’un simple instrument de mesure, la technologie devient un outil qui rend le quotidien  plus prévisible. Mais soyons honnêtes, la technologie peut aussi être source de stress.  Alertes fréquentes, surabondance de  données ou pression liée aux objectifs  génèrent un stress supplémentaire. Ce n’est donc pas seulement ce que la  technologie peut faire qui est déterminant, c’est aussi la manière dont elle  est conçue. Les bonnes solutions réduisent la complexité au lieu de l’accroître. Concrètement, pour Mara,  cela signifie dormir plus paisiblement,  avoir moins peur d’une hypoglycémie  en plein cours et plus de spontanéité  et de sérénité au quotidien. Le diabète  ne disparaît pas. Mais la technologie  peut aider à faire en sorte qu’il se fasse  plus discret.

La contribution du Diabetes Center Berne

Au Diabetes Center Berne (DCB), la  question centrale est de savoir comment concevoir les technologies du  diabète pour faciliter le quotidien des  personnes concernées. Une approche  centrale consiste à impliquer directement les personnes atteintes dans  l’innovation et la recherche. Car ce  n’est qu’en appréhendant réellement  ce quotidien exigeant que l’on peut  développer des solutions efficaces. Interface entre la recherche, l’industrie  et la communauté, le DCB soutient  des projets qui vont au-delà des performances techniques : la solution  est-elle intuitive ? Facilite-t-elle la  prise de décision ? Réduit-elle la  charge mentale ? SNAQ en est un  exemple. Cette application permet de  photographier ses repas et d’analyser  automatiquement leurs valeurs nutritionnelles. En combinant ces données  à celles de leur glycémie, les utilisateur·trices peuvent mieux comprendre  comment leur corps réagit à certains  aliments. Dans le domaine de l’alimentation – l’un des principaux facteurs d’incertitude – cela simplifie  l’estimation des glucides et les décisions quotidiennes. La spin-off du DCB, Beyond Diagnostics, adopte aussi une approche axée  sur le quotidien : elle développe une  solution permettant de vérifier la qualité de médicaments comme l’insuline.  La chaleur ou un mauvais stockage  nuisent à leur efficacité, sans que cela  ne soit visible. Les technologies qui  apportent de la transparence dans ce  domaine peuvent réduire l’incertitude et renforcer la confiance. Le DCB  se considère ainsi comme un moteur  de l’innovation et un co-créateur de  technologies destinées à offrir aux  personnes atteintes de diabète plus de  sécurité, de sérénité et de liberté au  quotidien.

Auteur: Sunjoy Mathieu, Diabetes Center Berne