Steve Meystre, diabétique et champion suisse des – de 20 ans

L’athlétisme de haut niveau n’est pas incompatible avec le diabète. La preuve par Steve Meystre, 18 ans, décathlonien en devenir.

Avec deux performances-canon – 1,95 mètre en hauteur et 6,97 en longueur (longueur portée à 7,05 mi-juin) – Steve Meystre s’est superbement imposé, l’hiver dernier à Macolin, aux Championnats suisses d’athlétisme en salle des moins de 20 ans (U20). « Ce sont clairement mes deux disciplines préférées, commente sobrement Steve, mais ce qui me motive le plus aujourd’hui est le décathlon, une façon comme une autre de manifester ma passion pour l’athlétisme dans son ensemble ».

Tout cela est dit sur un ton posé, mais très décidé, par un jeune homme qui, par sa morphologie, ne se distingue pas vraiment de ses pairs ; un gymnasien « normal », pourrait-on dire, si ce n’est le feu qui l’anime… et la maladie qu’il assume crânement depuis plus de sept ans : un diabète de type 1 diagnostiqué alors qu’il n’avait pas encore onze ans.

Sur les stades à l’âge de six ans

« L’athlétisme, c’est toute ma vie, insiste Steve. C’est d’ailleurs un peu une affaire de famille puisque ma mère et mon père ont eux-mêmes pratiqué cette discipline sportive, comme athlète ou entraîneur. Pour ma part, j’ai commencé à l’âge de six ans par le lancer de balle, le saut en longueur et le sprint, puis j’ai enchaîné avec le saut (en longueur, en hauteur et le triple saut). L’irruption du diabète n’a pas refroidi ma motivation ; j’ai simplement dû apprendre à le gérer tout en poursuivant les entraînements ».

« L’athlétisme, c’est toute ma vie »

Sa maladie, il l’a découverte de manière pour le moins abrupte : « c’était en février 2009, raconte-il. Durant une semaine, mes nuits ont été fréquemment interrompues par un fort besoin d’uriner. Je buvais jusqu’à trois litres d’eau par nuit ! Tout d’abord, cela a été l’incompréhension totale, jusqu’à ce que ma mère décide d’en parler à une amie médecin qui a réagi immédiatement en testant ma glycémie ; mon indice était à 42. Ni une, ni deux, j’ai été emmené à l’Hôpital de l’Enfance où j’ai passé deux semaines en observation ».

Le rôle essentiel de l’information

Dans sa famille, aucun diabétique ; la nouvelle a donc été ressentie comme un choc d’autant plus violent que personne n’avait la moindre idée de ce que signifiait la maladie. « La première réaction de mes proches a été brutale : j’étais condamné à ne plus manger de sucre de ma vie, se rappelle Steve. Mais très vite les choses se sont décantées au fur et à mesure que l’information nous était transmise, à moi, à mes parents, à mon frère et à ma sœur. Dans cette prise de conscience, le rôle de l’Hôpital de l’Enfance a été majeur. L’accompagnement y est exemplaire, pour le malade et pour les proches. C’est dans ce contexte que j’ai appris, tout d’abord, à apprivoiser mon affection, puis à la gérer. Au départ, c’est loin d’être évident lorsqu’il s’agit de prendre sa glycémie trois fois par jour et de s’injecter de l’insuline. Puis, peu à peu, tout cela s’est transformé en routine ».

Lorsque Steve retourne à l’école, les questions fusent, évidemment. Mais là encore, tout se passe bien car l’Hôpital de l’Enfance, en accord avec la direction de l’établissement, y dépêche une infirmière qui répond à toutes les interrogations. La diffusion de l’information, une fois encore, fait merveille et permet de désamorcer moqueries, gêne et fantasmes divers : très précieux pour un enfant qui vient tout juste de passer une période difficile et qui doit s’habituer au fait de vivre, pour toujours, avec son diabète. « J’ai quand même eu droit à un comportement pour le moins blessant lorsqu’une camarade d’une classe parallèle a refusé de s’asseoir  à côté de moi dans le bus parce que j’étais diabétique ! Il a fallu expliquer, encore et encore, mais elle s’est par la suite excusée… »

Difficile d’apprivoiser la pompe à insuline

Vers l’âge de quatorze ans, Steve connaît toutefois un moment difficile lorsque la décision est prise de l’équiper d’une pompe à insuline : « au début, je n’en ai pas voulu. Mais il a fallu que j’admette que c’était beaucoup plus pratique pour faire du sport et c’est cette perspective qui l’a emporté. Aujourd’hui, la pompe ne me pose plus aucun problème. Je la porte en permanence, y compris lors des entraînements où elle est maintenue grâce à une ceinture spéciale. Je ne l’enlève que pour les compétitions ».

« L’information permet de désamorcer moqueries, gêne et fantasmes divers »

Avec Steve, tout paraît simple. Assis en face de moi dans ce café lausannois où a lieu l’interview, il me montre discrètement le dispositif qu’il porte sur lui, qui se résume à un court cathéter fiché, d’un côté, dans la peau de son ventre et branché, de l’autre, dans la pompe qu’il porte négligemment dans la poche de son jean. « Je suis parvenu à gérer de façon optimale mon diabète, souligne Steve. Au début, je faisais évidemment très attention, mais les années passant, je ne considère plus ma maladie comme handicapante. Je mange de tout et suis aujourd’hui capable d’analyser d’un coup d’œil la quantité de glucides présents dans les aliments. Ainsi, si le réglage heure par heure de la pompe, adapté au rythme normal de mes repas, n’est pas suffisant, je rajoute simplement ce qu’il faut d’insuline en pressant manuellement sur la pompe ».

Un sportif dans l’âme

Son aisance est tout simplement bluffante. Elle doit bien sûr beaucoup à la capacité de Steve de se prendre en charge de façon autonome, mais sans doute plus encore à son amour du sport, de tous les sports : ski en hiver comme moniteur, tennis ou football quand une partie se présente, mais surtout, on l’a bien compris, l’athlétisme, domaine dans lequel il n’a, de loin, pas choisi la facilité en privilégiant le décathlon, c’est-à-dire la combinaison la plus exigeante pour un athlète, soit l’addition de dix disciplines différentes que les concours étalent généralement sur deux jours. Il s’agit, par ordre de préférence décroissante de Steve : saut en longueur, saut en hauteur, 110 mètres haie, lancer du javelot, 100 mètres, lancer du disque, saut à la perche, lancer du poids, 400 mètres et 1500 mètres.

« Je rêve de participer à des compétitions européennes »

« Je m’entraîne à Vidy quatre fois deux heures par semaine, après la classe, et consacre les week-ends aux compétitions. Il est évident que ce n’est pas de tout repos, mais j’adore ce que je fais. Par chance, nous sommes cinq à suivre les entraînements de décathlon, ce qui est bien sûr excellent pour la motivation. Mon objectif est simple : d’aller le plus loin possible dans mon sport et de participer, si possible, à des concours au niveau européen. Dans l’idéal, je serais très heureux si, un jour, je parviens à vivre de mon sport, soit comme athlète, soit comme entraîneur. Mais aujourd’hui, très concrètement, il s’agit prioritairement de combler mes insuffisances sur 400 et 1500 mètres ». Comment ? « En s’entraînant sans relâche… »

Pour l’heure, Steve s’accroche et tente de concilier sport de haut niveau et études. A l’avenir, il se verrait bien prof, et pas forcément dans le domaine du sport, vu qu’il a choisi au gymnase Provence, où il suit ses cours, de prendre l’option biologie-chimie.

Mais il est temps de mettre fin à l’entretien. Steve s’éloigne, sac de sport à la main. L’entraînement est prévu dans une demi-heure et il n’est pas question d’être en retard, ne serait-ce que d’une minute.

Pierre Meyer

Vers le haut