Très active, Suzanne n’a jamais été freinée par son diabète

A l’âge de 68 ans, et malgré des problèmes de santé à répétition, Suzanne Buhlmann est toujours aussi énergique : aujourd’hui comme bénévole. Sa vie professionnelle a été très variée et lui a permis d’assouvir une de ses passions : être au volant.

Suzanne Buhlmann

Suzanne Buhlmann vit depuis 35 ans avec un diabète de type 2 (traité depuis dix ans à l’insuline) qui lui a été diagnostiqué lors d’une analyse de sang alors qu’elle s’apprêtait à subir une intervention destinée à lui poser un anneau gastrique. « J’avais atteint 115 kilos pour une taille de 1 mètre 58. J’adorais grignoter, notamment du pain et du fromage, et cela depuis la puberté. Mon poids me pesait ; j’avais mal aux jambes. Mais cela ne m’empêchait pas de courir très régulièrement en forêt, car j’ai toujours eu beaucoup d’énergie ».

Energique, assurément, optimiste aussi, même si Suzanne affirme qu’elle a un tempérament très nerveux, qu’elle est souvent stressée, ce qui, estime-t-elle, fatigue son cœur et pourrait être à l’origine de son diabète, car « personne n’était diabétique dans ma famille, excepté ma grand-mère, côté paternel ».

Anneau gastrique
Si l’anneau gastrique est un succès, puisqu’il provoque une perte de poids de 35 kilos, il se révèle, en revanche, un cauchemar dans la vie de tous les jours : Suzanne le supporte très mal, vomit fréquemment et finit par développer un ulcère à l’œsophage qui nécessitera une opération. Ce régime dure pourtant une dizaine d’années avant que l’anneau soit enfin retiré, au plus grand soulagement de Suzanne qui décide alors de subir une nouvelle intervention, avec la pose d’un by-pass gastrique. « Je le supporte beaucoup mieux que l’anneau, mais il m’a fallu apprendre à mastiquer : une vraie révélation, puisqu’on retrouve le goût des aliments ».

« L’anneau gastrique, un cauchemar au quotidien »

Célibataire, sans enfants, Suzanne mène parallèlement une vie professionnelle très active. « J’ai commencé par un apprentissage de vendeuse en alimentation à la Coop. J’avais une vraie passion pour les fruits et les légumes. J’ai terminé ma formation à 19 ans et suis restée encore deux ans à la Coop, avant de travailler dans les trains, à la compagnie des wagons-restaurants, où je m’occupais des chariots de boissons que l’on conduit dans les rames : un métier pénible physiquement car on est toujours en mouvement, dans un espace non seulement millimétré, mais aussi chahuté par les oscillations et les à-coups du train ».

« Femme de lettres »
Au bout de trois ans, toujours poussée par son insatiable curiosité, Suzanne choisit d’entrer à la Poste. On lui fait miroiter la possibilité de devenir factrice de plein droit (elle fait des remplacements), mais le rêve s’éloigne lorsqu’un jour son responsable lui annonce que ce ne sera pas avant cinq ans. La déception est grande, d’autant que cette amoureuse des bons mots et des boutades ne deviendrait pas cette « femme de lettres qui fait le trottoir », selon une définition humoristique de la factrice qu’elle aime à citer.

« Les balades en forêt, un plaisir toujours renouvelé »

Suzanne a aussi travaillé au service minibar des CFF

Ni une, ni deux, Suzanne retrouve la vie ferroviaire, puis retourne à la Coop dans des magasins de la région lausannoise. Et là, petit miracle : on lui propose de remplacer le chauffeur d’un des camions Coop qui sillonne les routes du Chablais ou de la région Bière-Concise.

« Pouvoir associer vente et conduite, rien ne pouvait me faire plus plaisir. J’ai donc passé mon permis poids-lourds. Les tournées étaient parfois très longues, avec un départ à 5h00 du matin et un retour vers 19h00, mais c’était très gratifiant de pouvoir accueillir les gens dans mon camion. Le plus souvent des personnes du troisième âge auxquelles nous étions sensées ne consacrer que deux minutes (?), selon une directive de la Coop. Difficile de s’y tenir, car ces personnes avaient généralement envie de causer… Chaque arrêt devait durer au maximum 20 minutes, avant de rejoindre un nouvel emplacement : il y en avait dix par tournée. Malheureusement, Coop et Migros ont renoncé à ce service qui, d’après mon expérience, était non seulement utile, mais donnait une image très positive de la grande distribution ».

Sergent Buhlmann
Son permis poids-lourds en poche, elle lorgne alors vers l’armée où elle sera chauffeur (elle obtient son permis militaire) et assistante pour les camps de réfugiés. Là aussi, Suzanne est comme un poisson dans l’eau et achève sa carrière en tant que sergent. « Je suis quasiment bilingue (français-allemand) en raison de l’origine alémanique de ma famille, ce qui m’a beaucoup servi. Mais, soyons clair : j’étais militaire, mais pas militariste. Je trouve simplement qu’avoir des droits suppose des obligations ; c’est pourquoi je continue à plaider pour que les femmes puissent effectuer un service à la collectivité d’un mois dans leur vie, peut-être un service civil adapté ».

« Ce qui domine chez Suzanne, c’est son altruisme »

C’est à la Poste que Suzanne achève son riche parcours professionnel. Mais, pas question de se reposer sur ses lauriers : elle aura une retraite active, comme bénévole.

Suzanne Buhlmann est une femme de convictions et d’engagemen ; ses idées sur la vie en société sont tranchées, on l’aura compris. Ce qui domine, toutefois, c’est son altruisme. Une attention aux besoins des autres : « je suis une militante des dons d’organes et de sang », souligne-t-elle avec sa vivacité habituelle.

Engagement bénévole
Membre active de l’association diabètevaud, Suzanne est de toutes les mises sous pli du courrier, un coup de main assurément très professionnel pour l’ancienne postière. Elle fréquente également volontiers les locaux de diabètevaud, notamment pour les soins de ses pieds : « 95 francs la séance chez les podologues, c’est trop cher pour moi, d’autant plus que ce n’est pas remboursé ».

Son engagement bénévole rime aussi avec sport ; « les sports populaires, insiste-elle, car le sport d’élite a été perverti par l’argent ». Suzanne donne ainsi de son temps pour encadrer les manifestations sportives lausannoises, comme la semaine olympique, le triathlon ou la journée du vélo au Chalet à Gobet. « Tout a commencé avec le curling, en 2001, lors des Championnats du monde qui avaient lieu à Lausanne ».

Curieuse de tout, Suzanne Buhlmann a également effectué de nombreux voyages ces dix dernières années, dès que la vente de la ferme de ses parents, à Mézières, lui a permis de mettre un peu d’argent de côté. Et comme elle n’a pas froid aux yeux, les voyages au long cours n’ont pas manqué : Australie, Canada, Patagonie, Islande et Scandinavie ont ainsi été au menu. La gestion de son diabète ne lui a jamais posé problème, alors que Suzanne était déjà sous insuline.

Une ville de cœur : Hendaye
Voyager loin, c’est bien, mais avoir un endroit « exotique » bien à soi, c’est aussi très tentant. Suzanne a ainsi craqué pour un petit appartement à Hendaye- Plage, dans ce pays basque qu’elle aime tant, notamment pour la variété de ses paysages, et qu’elle visite régulièrement depuis près de 25 ans. Preuve irréfutable de son attachement, le bonnet basque aux couleurs de la ville frontière qu’elle arbore en hiver, quand ce n’est pas la polaire assortie, siglée Hendaye elle aussi. Elle s’y rend au volant de sa voiture ; près de 1000 km à parcourir…, avec plaisir.

« Les voyages au long cours n’ont pas manqué »

« Je me suis fait énormément d’amis là-bas. Les Basques, c’est un peu comme les Valaisans, c’est à nous de nous adapter, pas l’inverse. Une fois que l’on a compris cela, les habitants du lieu sont absolument charmants… surtout à Hendaye où c’est le cœur qui parle ; pas comme à Biarritz, nettement plus snob ».

Toujours à Hendaye-Plage, Suzanne a un sérieux faible pour le centre de thalasso ouvert par l’ancien rugbyman Serge Blanco. A l’entendre, les curistes sont traités comme s’ils étaient de la famille.

Ainsi va la vie de Suzanne Buhlmann. Entre ses opérations multiples, la gestion de son diabète et les soins à ses pieds, elle prend le temps de vivre, savoure ses balades en forêt et se met au service des autres. Chez elle, au calme, elle adore lire, en particulier des histoires vécues. Et tous les matins, sans exception, elle sort de chez elle pour chercher le « 20 minutes », son quotidien préféré.

Pierre Meyer

Suzanne Buhlmann à diabètevaud pour la mise sous pli

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