Les perturbateurs endocriniens favorisent le diabète et l’obésité

Les coûts pour la santé imputés aux perturbateurs endocriniens se mesurent en centaines de milliards de dollars. Mais les autorités publiques peinent à les réglementer, alors qu’ils sont omniprésents dans notre environnement.

Les pesticides contenant des organo-phosphates seraient incriminés dans le diabète des adultes

On a beaucoup parlé récemment de ces fameux perturbateurs endocriniens car, pour la troisième fois consécutive, la Commission Européenne a dû renoncer, en février dernier, à mettre au vote son projet de réglementation de ces produits chimiques dangereux pour la santé et l’environnement. C’est dire la violence et la multiplicité des intérêts antagonistes en jeu.

De multiples opposants
Parmi les opposants à cette réglementation, citons la société savante « Endocrine Society ». Elle ne conteste pas la proposition de la Commission sur le fond, mais sur la forme, car elle doute de sa capacité à atteindre son objectif, à savoir protéger le public de ces produits chimiques dangereux.

« Les hormones sont sécrétées en très petite quantité, ce qui explique leur vulnérabilité face aux perturbateurs endocriniens »


Elle reproche aux critères de la Commission un niveau de preuves irréaliste et elle ne souhaite réglementer que les perturbateurs endocriniens connus, à savoir ceux dont l’effet démontré serait la conséquence d’un mode d’action endocrinien. L’Endocrine Society refuse ainsi, dans un souci de rigueur scientifique, de les identifier selon le système de catégories inspiré du classement des cancérigènes, à savoir perturbateur endocrinien suspecté, présumé ou connu.

Autre opposant farouche de la proposition bruxelloise : l’industrie qui redoute le retrait du marché de deux dizaines de pesticides.

Mais, que sait-on, au juste, sur ces perturbateurs endocriniens ?

Définition :
Un perturbateur endocrinien est une substance qui modifie le système hormonal et homéostatique d’organismes à travers des expositions dues à l’environnement, en particulier au cours du développement.

Comme vous le savez, les hormones sont des molécules transportant un signal et régulant plusieurs comportements et fonctions de notre corps, telle que la croissance, la puberté, le métabolisme des graisses et des hydrates de carbone (HdC), la faim, la satiété, etc….

Des hormones très vulnérables

De plus, les hormones sont sécrétées en très petite quantité, ce qui explique leur vulnérabilité face aux perturbateurs endocriniens.

Voyons, maintenant, quels sont les principaux perturbateurs endocriniens, leurs sources et leurs effets. Je ne vais bien entendu pas vous citer tous les perturbateurs endocriniens connus, mais je pense qu’il n’est pas inutile de savoir où certains se trouvent, avec leurs conséquences.

Etude américaine
Les informations, que je vais vous donner sont tirées d’un article intitulé « Exposure to endocrine-disrupting chemicals in the USA : a population based disease burden and cost analysis ! », publié dans la revue « The Lancet Diabetes and Endocrinology » de décembre 2016.

Il s’agit d’une gigantesque compilation des effets secondaires de ces perturbateurs endocriniens, étudiés au cours de l’année 2010. Cependant, comme le disent les auteurs, les perturbateurs qu’ils ont étudiés ne représentent que le 5 % de la masse totale des perturbateurs.

Voici quelques-uns de ces perturbateurs, ainsi que leurs sources et leurs effets :

Les principaux perturbateurs :


1)    Dans les solvants et les lubrifiants, on trouve des produits au nom barbare de poly-bromés diphényle éther, abrégé PBDES dans la littérature scientifique.    Ces produits se retrouvent également utilisés comme ignifuges dans les meubles, les textiles ou les équipements électriques. Leurs effets secondaires sont nombreux : tout d’abord, chez ceux qui y ont été exposés, on a pu mesurer une perte de quotient intellectuel (QI) et un handicap cognitif. De plus, les PBDES sont rendus responsables de nombreux cas de cancer testiculaires et de cryptorchidisme chez l’enfant.

2)    Le bisphénol A, présent dans de nombreux produits du quotidien : emballage alimentaire, revêtement interne des boîtes de conserve, lunettes, certains composites dentaires. Je rappelle que sa présence dans les biberons a été interdite en Suisse, il y a peu. Son principal effet secondaire est de favoriser l’obésité chez l’enfant, avec les conséquences qui en résultent. Chez l’adulte, le bisphénol A semble faciliter la résistance à l’insuline.

3)    Les plastifiants contiennent des phtalates, accusés de causer l’infertilité chez les hommes ainsi qu’une baisse de la production de testostérone, ce qui va entrainer un accroissement de la mortalité chez les hommes.

4)    Les pesticides contenant des organo-phosphates et du dichlorodiphényltrichlorethane. Ceux-ci sont pointés du doigt comme responsables d’obésité chez l’enfant et de l’apparition de diabète chez l’adulte. Ils sont également accusés de perte de points de QI et de handicap cognitif.   

Les auteurs ont étudié plusieurs populations, à savoir des hommes, des femmes et des enfants, dans différentes tranches d’âge.

Des écarts législatifs
Un des intérêts principaux de ce travail consiste en l’étude des coûts, directs et indirects, et des effets secondaires de ces perturbateurs. Par exemple : une diminution de la fertilité chez les hommes va entraîner un surcoût dû au recours à des techniques de reproduction.
Ces coûts sont gigantesques ; les auteurs ont comparé, à cet égard, les Etats-Unis et l’Europe avec d’intéressantes différences.  En gros, les frais directs et indirects de ces perturbateurs ont coûté 340 milliards de dollars aux USA (2,33 % du produit intérieur brut = PIB) contre 217 milliards de dollars en Europe (1,28 % du PIB).

Cet écart est principalement dû à l’usage accru de PBDES aux USA (les PBDES sont notamment responsables d’une perte de QI) qui ont coûté 266 milliards de dollars aux EU contre 12,6 milliards en Europe. La législation est en effet plus contraignante en Europe qu’aux Etats-Unis. En revanche, en Europe, l’emploi des pesticides contenant des organo-phosphates aurait provoqué davantage de perte de QI et de handicap intellectuel pour un coût estimé à 121 milliards de dollars contre 42 milliards aux USA ; là aussi, c’est la législation qui explique la différence.

Conclusion :   
Les coûts pharamineux    entrainés par les perturbateurs sont principalement dus à l’affaiblissement des facultés intellectuelles qu’ils provoquent ainsi qu’aux modifications métaboliques qu’ils entrainent, avec  des conséquences désastreuses sur la santé.

Je pense que cet article pourrait sensibiliser nos politiciens à ce problème complexe, principalement en raison des frais engendrés par les handicaps cités plus haut.

Dr Nicolas von der WEID


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