Les hydrates de carbone et le diabète de type 2

Longtemps interdits aux diabétiques de type 2, les hydrates de carbone (les sucres) sont aujourd’hui tout à fait tolérés, même s’ils doivent rester sous surveillance.

Le temps est heureusement révolu, où les hydrates de carbone (HdC) étaient systématiquement interdits aux diabétiques de type 2 et où de vigilantes diététiciennes promulguaient, avec la complicité des médecins, le régime sans les 3 P, à savoir Pain, Pâtes et Pommes de terre.

« Difficile de déterminer la quantité idéale de HdC pour chaque patient diabétique »

On sait maintenant que la suppression complète des sucres est une hérésie, d’une part parce que cette absence va entraîner une paresse pancréatique par manque de stimulation, d’autre part parce qu’une alimentation trop riche en protéines et en graisses cachées va perturber le profil lipidique. 

Qu’elle est donc actuellement l’attitude adoptée concernant les HdC et le diabète de type 2 ?

Les recommandations actuelles

En fait, il n’y a pas de règles vraiment strictes, mais plutôt des recommandations, lesquelles seront peut-être revues lors des années à venir.

1) Il n’y a pas d’évidence permettant de déterminer la quantité idéale de HdC pour chaque patient diabétique. Il est recommandé de collaborer avec le patient pour atteindre les buts thérapeutiques souhaités. Quelques études ont comparé des régimes pauvres en HdC (40 % de la ration énergétique) à des régimes riches en HdC. La diminution de l’apport en HdC semble avoir eu un effet favorable sur la sensibilité à l’insuline, le contrôle glycémique et le profil lipidique. Cependant, la perte de poids observée lors de ces études  rend l’interprétation de ces résultats difficile.

« La suppression complète des sucres est une hérésie »

2) Compter les HdC ou les estimer, selon son expérience, reste un élément important dans le contrôle de la glycémie.

3) Des conseils d’hygiène alimentaire privilégiant l’apport des HdC sous forme de fruits, légumes, légumineuses, produits laitiers et visant à réduire les aliments contenant des ajouts de graisses, sucres et sels, comme les mets déjà préparés et à réchauffer, sont d’une importance prépondérante.

4) L’index glycémique. Comme vous le savez, il existe des aliments à index glycémique élevé, induisant une hyperglycémie postprandiale, et des aliments à index glycémique bas. Privilégier ces derniers peut contribuer à améliorer le contrôle glycémique, dans une modeste mesure. Certaines études ont montré une diminution de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) de 0.2 à 0.5 %, et d’autres pas. 

De plus, la consommation de fibres n’était pas évaluée, rendant l’interprétation de ces travaux imprécise.

5) Les patients diabétiques doivent consommer la même quantité de fibres et de grains entiers que la population non diabétique. La consommation de ces deux nutriments semble n’avoir qu’un modeste effet positif sur l’HbA1c (baisse de 0.2 à 0.3 %), mais les bénéfices généraux qu’ils procurent font que leur apport est recommandé.

6) Faut-il substituer le saccharose à l’amidon ? Le saccharose est un disaccharide composé de glucose et de fructose, communément appelé sucre blanc, trouvé naturellement dans la canne à sucre ou la betterave. Là encore, cette substitution doit se faire avec prudence, pour ne pas accroître l’apport calorique, néfaste pour le diabétique de type 2.

« Les boissons sucrées sont en grande partie responsables de l’explosion de l’obésité »

  7) Le fructose. Le fructose « libre » se trouve à l’état naturel dans les fruits. Il s’agit d’un monosaccharide, dont la consommation peut diminuer la glycémie s’il est pris à la place d’un apport isocalorique (d’un même apport calorique) de saccharose ou d’amidon. La consommation de fructose libre n’aura pas d’influence défavorable sur le profil lipidique, à condition que sa proportion ne dépasse pas 12 % de l’apport énergétique. Cependant, les boissons sucrées, contenant une forte proportion de saccharose (glucose et fructose) ou de fructose, provenant de sirop de maïs, doivent être évitées autant que possible !

On sait maintenant que ces boissons riches en fructose vont entraîner une augmentation des triglycérides sanguins et de la résistance à l’insuline, avec à la clé une aggravation du risque cardiovasculaire. De plus, ces boissons sont très vraisemblablement responsables, en grande partie, de l’explosion de l’obésité dans certains pays. Un article intéressant vient de paraître dans le « Lancet Diabetes and Endocrinology » qui met en parallèle la consommation de boissons sucrées et l’obésité et propose plusieurs pistes pour réduire un apport qui constitue un défi considérable pour la santé publique.

J’espère, par ces quelques lignes, vous avoir quelque peu éclairés sur ce problème complexe !

Pour terminer, méditons ce sage adage des Grecs : μεδεν αγαν. Rien de trop.

Docteur Nicolas von der WEID

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