Etiquetage des sucres : l’exception suisse

Le 1er mai prochain de nouvelles ordonnances concernant le droit alimentaire entrent en vigueur en Suisse (délai de mise en œuvre : 2021). Comme dans l’Union européenne, l’étiquetage nutritionnel sur les produits devient obligatoire, mais Berne a introduit une exception pour l’indication des sucres et des acides gras saturés, appelé « petit » étiquetage nutritionnel.

L’Union européenne a dégainé la première. Depuis le 13 décembre 2016, la déclaration nutritionnelle sur les produits alimentaires préemballés y est obligatoire et uniforme. L’idée de ce dispositif est, selon un document de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes à Paris, de permettre « aux consommateurs de comparer les denrées alimentaires et ainsi d’être en mesure de faire des choix plus favorables à leur santé, grâce à un encadrement du contenu, de la présentation et de l’expression des informations tant obligatoires que volontaires fournies sur la composition nutritionnelle des denrées alimentaires ».

Six nutriments
En pratique, cela signifie que l’étiquette figurant sur les produits alimentaires préemballés DOIT comporter les informations suivantes : la valeur énergétique et les quantités des six nutriments suivants : matières grasses, acides gras saturés, glucides, sucres, protéines et sel. Elle PEUT être complétée, de manière volontaire, par les teneurs en acides gras mono-insaturés, acides gras polyinsaturés, polyols, amidon, fibres alimentaires, vitamines et minéraux. Le règlement européen INCO prévoit également l’amélioration de la lisibilité des étiquettes.

Art. 22 Indications obligatoires
    1    La déclaration nutritionnelle doit comporter les indications suivantes : la valeur énergétique et la teneur en lipides, en acides gras saturés, en glucides, en sucre, en protéines et en sel.
    2    Il est admis de mentionner uniquement la valeur énergétique et la teneur en matières grasses, en glucides, en protéines et en sel.


Réaction des associations de consommateurs
Le deuxième alinéa de l’article 22, qui autorise une exception pour l’indication des sucres, a immédiatement fait réagir l’Alliance des organisations de consommateurs en Suisse (dont fait partie la FRC, la Fédération romande des consommateurs). Dans un communiqué du 16 décembre 2016, elle écrit ceci : « l’indication des valeurs nutritives deviendra enfin obligatoire mais les consommateurs suisses sont péjorés par rapport à leurs voisins : seuls quatre des six principaux nutriments devront être indiqués en Suisse (matières grasses, glucides, protéines, sel). La teneur en sucres restera volontaire, alors que tous les experts et notamment l’OMS recommandent justement de limiter l’absorption de sucres pour se protéger des maladies non transmissibles comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers ».

Pour l’Alliance, le paquet d’ordonnances alimentaires « montre de manière limpide l’influence de l’industrie alimentaire : les points positifs pour les consommateurs ont été supprimés de façon systématique du projet initial ». L’Alliance met notamment en exergue que, contrairement à ce que la loi sur les denrées alimentaires exige, l’information transparente des consommateurs a été exclue de ces ordonnances.

Place à la confusion
Sur le plan pratique, Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la FRC(1), souligne que « nombre de produits, notamment ceux mis à disposition par la grande distribution, sont déjà conformes à la nouvelle ordonnance, soit parce qu’ils sont exportés dans les pays voisins, comme dans le cas de la Migros qui a des magasins hors de Suisse, soit parce qu’ils sont importés des pays de l’Union européenne, soit encore parce que l’enseigne en a décidé ainsi. En revanche, les aliments et les boissons fabriqués en Suisse pour la Suisse par de « petits » producteurs pourront ne recourir qu’au « petit » étiquetage nutritionnel, soit sans mention des sucres et des acides gras saturés ».

« Un délai de quatre ans a été accordé pour la mise en œuvre de la nouvelle ordonnance »


« Cette exception d’office,
comme le regrette Barbara Pfenniger, est de nature à troubler le consommateur qui devrait, au contraire, pouvoir compter sur une information absolument claire et comparable des nutriments indiqués sur les emballages ». La responsable de la FRC s’insurge également contre le délai de quatre ans accordé aux producteurs pour mettre en œuvre la nouvelle ordonnance : « ce laps de temps est énorme – jusqu’ici  les délais étaient habituellement de deux ans – et d’autant plus
incompréhensible que l’obligation d’être conforme à la date du 1er mai 2021 a, de plus, été assouplie puisque les producteurs pourront mettre sur le marché les anciens emballages tant que leurs stocks ne seront pas épuisés ! »

Les explications de l’OSAV

L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) explique et justifie l’exception suisse par les arguments suivants :

-    « Dans leurs avis exprimés lors de la procédure d’audition, les milieux économiques ont plaidé pour le maintien d’un « petit » étiquetage nutritionnel. (…) Lors de l’élaboration de cette solution,on a tenu compte non seulement des besoins des consommateurs, mais aussi de la faisabilité et des coûts de mise en œuvre pour les établissements du secteur alimentaire concernés ». L’OSAV précise que d’indiquer en général la teneur d’un nutriment tel que, par exemple, la teneur en sucres nécessite, de la part des établissements agro-alimentaires, de « faire, par exemple, des analyses coûteuses ».(1)

-    Le choix helvétique du « petit » étiquetage est, en outre, le fruit d’un compromis. « Il était question, soit de maintenir l’étiquetage nutritionnel volontaire, soit de maintenir le « petit » étiquetage nutritionnel. Exiger en plus la déclaration de la teneur en sel a permis de trouver un compromis accepté par toutes les parties », affirme l’OSAV. « La mention obligatoire de la teneur en sel est apparue plus essentielle car, sans cette information, il n’est pas possible de le savoir, » explique l’OSAV. La priorité accordée au sel s’inscrit, d’autre part, dans la campagne de réduction du sel dans les aliments menée par l’OSAV.

-    Troisième argument : « La teneur en sucres d’un aliment peut être déduite de l’indication portant sur la quantité de glucides (obligatoire) ainsi que sur la place occupée par la mention sucre dans la liste des ingrédients (plus la position est élevée, plus l’aliment contient de sucres) », plaide également l’OSAV. Et d’ajouter : « avec l’entrée du nouveau droit alimentaire, les consommateurs auront davantage d’informations, car la déclaration nutritionnelle sera obligatoire dès cette date. La teneur en glucides est le critère principal pour le choix d’une denrée alimentaire pour un diabétique ».

-    L’OSAV souligne également que le « petit » étiquetage ne concerne que les produits qui ne font pas d’allégation nutritionnelle ou de santé. Dans le cas contraire, une déclaration nutritionnelle complète sera obligatoire ; cela concerne, par exemple, des produits avec la mention « sans gluten » ou « sans lactose », des produits spécifiques destinés aux personnes ayant des besoins nutritionnels particuliers ou encore les produits enrichis en vitamines, en sels minéraux et autres substances.

(1)    Mais qu’appelle-t-on coûteux ? Selon l’expérience de la FRC, une analyse, menée par un laboratoire public, destinée à déterminer combien de sucres cachés se trouvent dans un aliment coûte environ 200 francs.

(PM)

 

Les sodas sans indication des sucres !
Un autre écueil de taille concerne les boissons sucrées, soit les sodas : « la nouvelle ordonnance, en autorisant le « petit » étiquetage, aura pour conséquence que les boissons sucrées produites en Suisse ou importées de pays hors de l’Union européenne, ne seront pas contraintes d’afficher leur teneur en sucres ». Or, un simple constat : selon une étude publiée par le Credit Suisse en 2013, intitulée « Sugar consumption at a crossroads », les sodas entre pour 33 %, soit le pourcentage le plus élevé, dans la part des sucres ajoutés consommés aux Etats-Unis. La Suisse n’en est sans doute pas là, mais qui peut dénier que les sodas soient, en Suisse aussi, une cause non négligeable de l’obésité et du diabète.

« Cette exception est de nature à troubler le consommateur qui devrait pouvoir compter sur une information absolument claire »


Le caractère facultatif de l’indication des sucres entre, en outre, en contradiction flagrante avec les recommandations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) qui insiste depuis des années sur les aspects extrêmement dommageables pour la santé d’une consommation trop élevée de sucres. En 2016, l’institution onusienne réitérait son message de modération en réduisant encore de moitié l’apport de sucres libres conseillé. Par sucres libres, on entend les sucres ajoutés par l’industrie et pas les sucres naturellement contenus dans les fruits et les légumes.

Dans un communiqué d’octobre 2016, l’OMS, par la voix d’un de ses experts médical, affirmait ceci : « Le sucre n’est pas nécessaire du point de vue nutritionnel. L’OMS recommande de maintenir l’apport éventuel en sucres libres à moins de 10 % des besoins énergétiques totaux et de le ramener à moins de 5 % si l’on veut obtenir des bienfaits supplémentaires sur le plan de la santé ».

Le message de l’OMS est donc on ne peut plus clair ; mais il suppose évidemment que le consommateur soit informé sur la quantité de sucres libres contenue dans le produit qu’il achète, afin de pouvoir en réduire sa consommation.

Compromis boiteux

Résultat du compromis helvétique, le consommateur suisse sera moins bien armé que ses voisins pour évaluer la composition nutritionnelle des produits alimentaires qu’il achète. Berne a ainsi choisi de faire l’impasse sur le fait que les indications nutritionnelles, dont les sucres, sont un élément capital de la prévention en matière de santé et qu’elles concernent tous les consommateurs, déjà confrontés à un risque aigu d’obésité ou de diabète.

« Le consommateur suisse sera moins armé que ses voisins européens »


En Suisse, la consommation moyenne de sucres est de l’ordre de 120 grammes par jour. Or, l’OMS préconise de la limiter à 50 grammes (12 morceaux de sucre), voire à 25 grammes (6 morceaux de sucre). Cette dernière recommandation étant notamment liée à la prolifération des caries dentaires.

(Lire aussi l’article consacré aux « Nouvelles technologies »)

Pierre Meyer
 

(1)    La FRC propose un calculateur permettant aux consommateurs d’évaluer, notamment les quantités de sucres, dans les aliments. L’adresse du site est la suivante :
http://www.frc.ch/utile-au-quotidien/calculateurs/consommation-de-sel-de-sodium-de-sucre-de-graisse-ou-de-graisse-saturee/

Le tagatose, un nouveau venu

Voici un nouveau venu sur le marché de la grande famille des sucres. On connaissait le saccharose (sucre blanc), le fructose (sucre du fruit), le lactose (sucre du lait), les édulcorants en tout genre, voici maintenant le tagatose.

Le tagatose a été proposé dans les années 80 par Gilbert Levin, mais n’a pas rencontré de succès commercial parce que sa fabrication était trop coûteuse et la demande insuffisante. Plusieurs compagnies ont tenté de le commercialiser sans grand succès, jusqu’à ce qu’une société belge trouve un procédé bien meilleur marché et commercialise le tagatose sous le nom de « Tagatesse ».

Faible indice glycémique

Le tagatose est issu du galactose, composant du lactose. Son nom chimique exact est le D-tagatose. Il contient environ 1.5kcal / g, a un index glycémique (IG) de 3 (respectivement 4kcal / g et un IG à 65 pour le sucre blanc) et a un pouvoir sucrant d’environ 92 % du sucre blanc ; il est considéré comme un pré-biotique avec un effet positif sur la flore intestinale. Il est donc rempli de promesses.

Sa forme commerciale incorpore d’autres ingrédients: tagatose (39.9 %), édulcorants (isomalt 39.9 % et sucralose 0.02 %), fibres alimentaires (inuline et oligosaccharides), sans oublier la mention qu’une consommation excessive peut avoir un effet laxatif. Sa composition nutritionnelle pour 100g s’en voit modifiée : énergie 175kcal, matières grasses 0g, glucides 79,8g, dont tagatose 39,9g, fibres alimentaires 20,1g. 100g de sucre blanc = 50g de Tagatesse. Température maximale : 180°C.

Attention aux excès
Nombreuses sont les substances qui ont été présentées comme extraordinaires, ayant toutes les vertus et aucun défaut. Malgré toutes ces promesses, faut-il en abuser pour autant ? Il n’y a pas si longtemps, on vantait les mérites du fructose… Quelques années plus tard, nous nous rendons compte que le fructose, consommé sous sa forme industrielle, augmente le taux des triglycérides, la résistance à l’insuline et favorise la stéatose hépatique, l’accumulation des graisses au niveau du foie. Rien ne dit que le tagatose, consommé en excès, n’aura pas, lui aussi, des effets indésirables.

Le tagatose, pourquoi pas, mais en petite quantité !

Odile Rossetti Olaniyi

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