Une diète précoce et sévère peut mener à la rémission du diabète

De récentes études montrent que, dans certaines conditions, le diabète de type 2 peut être réversible si le patient suit un régime hypocalorique drastique de huit semaines dans les premières années de son diabète. Explications.

Micrographie d’un îlot pancréatique humain. En rouge, les cellules bêta qui font l’insuline ; en vert, les cellules alpha qui font le glucagon ; en blanc, les cellules delta qui font l’hormone somatostatine. Cliché pris par la Dre Valentina Cigliola et le Prof. Pedro L. Herrera (HUG).

Je vais vous résumer un article, que j’ai trouvé passionnant, paru dans la revue « Diabetes care » du mois de novembre 2016 sous le titre : « Type 2 Diabetes : The Pathologic Basis of Reversible beta-Cell Dysfunction ».
Sur le plan clinique, plusieurs études ont montré que dans certaines conditions, les diabétiques de type 2, soumis à un régime hypocalorique sévère (600 cal / jour), sous surveillance médicale pendant huit semaines, avaient montré, outre une perte pondérale, une amélioration métabolique remarquable, à savoir une glycémie matinale à moins de 7 mmol / l avec une restauration de la phase rapide de sécrétion d’insuline dont la perte est une caractéristique du diabète de type 2.

Diminution des cellules bêta
Les auteurs de ces études parlent de rémission du diabète, observable six mois après la diète hypocalorique. Devant ces résultats, les chercheurs ont étudié ce qui se passait afin de comprendre ce phénomène et d’en tirer les conclusions applicables sur le plan thérapeutique, si faire se peut.
Pendant longtemps, des analyses histologiques, post mortem, de pancréas de diabétiques de type 2 ont montré une diminution significative de la masse des cellules bêta comparée à des pancréas d’individus non diabétiques.

« Un régime sévère apporte une amélioration métabolique remarquable »

Cette raréfaction des cellules bêta a été attribuée à une apoptose, c’est-à-dire à la mort programmée de la cellule. On sait que cette apoptose joue un rôle dans la dysfonction de la cellule bêta, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la diminution de cellules fabriquant l’insuline.
D’autres facteurs entrent en jeu et ont été étudiés.

Travaux in vitro
Les données, que je vais maintenant développer pour vous, proviennent de travaux in vitro, c’est-à-dire de la recherche fondamentale effectuée sur des pancréas animaux, mais également d’études menées chez l’homme.
Je vais bien entendu simplifier, sans excès je l’espère : en effet ces travaux font appel à des données biologiques très complexes.

Que sait-on de la cellule bêta chez le diabétique ?

Chez des individus génétiquement prédisposés, un apport calorique trop important va avoir plusieurs effets délétères sur la cellule bêta et le foie.
Intéressons-nous à ce qui se passe au niveau de la cellule bêta.
Chez le diabétique de type 2, un excès de graisse (les triglycérides) va amener un apport important d’acides gras libres à la cellule bêta, ce qui va avoir plusieurs conséquences.
Tout d’abord, l’accumulation de lipides dans la cellule bêta va diminuer sa capacité d’insulino-sécrétion en réponse à une hyperglycémie. Des études menées sur la cellule bêta du rat ont montré que l’accumulation des vacuoles, contenant des graisses dans le cytoplasme de la cellule, entrainait une expansion d’un organite essentiel de la cellule, le réticulum endoplasmique.
Celui-ci est donc soumis à un stress important, ce qui est typique chez l’individu diabétique de type 2.

« Un excès de graisse va amener un apport important d’acides gras libres à la cellule bêta »

Par ailleurs, on sait également qu’une hyperglycémie importante entraine une hyposécrétion réversible de l’insuline, on parle donc, dans ce cas, de lipoglucotoxicité !

Deux voies différentes

Lors d’un stress métabolique, comme décrit plus haut, des facteurs de transcription connus (FOXO1) vont induire, au niveau du noyau de la cellule, une cascade métabolique visant à préserver l’oxydation du glucose et à réduire l’oxydation des lipides, ce qui nous explique l’hyper-insulinémie classique du diabète de type 2 inaugural.
Cependant, si le stress se poursuit, certaines cellules bêta vont subir une transformation : on parle ici de plasticité de la cellule bêta.
Cette cellule pourra suivre deux voies différentes :

  •  Soit elle va évoluer, à la suite de réexpression de gènes réprimés, vers une cellule dite vide, c’est-à-dire, ne sécrétant plus d’insuline et, si le stress se poursuit, vers l’apoptose. Cependant, il est un point capital : le stade de « cellule vide » est réversible !
  • La deuxième voie consiste en une transdifférentiation, c’est-à-dire une transformation en une cellule exprimant plusieurs hormones autres que l’insuline, y compris le glucagon. Cette cellule pourra évoluer en une autre cellule ne sécrétant plus que du glucagon.

Situation réversible
Cette hyper-sécrétion de glucagon est une des caractéristiques du diabète de type 2 ; et on se réintéresse, à nouveau, au glucagon dans le diabète. Ces processus sont appelés « dédifférenciation » et sont maintenant bien étudiés.
Cette dédifférenciation semble délétère, puisqu’elle aboutit à une diminution de la sécrétion d’insuline, mais on pense qu’elle a son utilité car ces cellules résistent beaucoup mieux au stress oxydatif ; il s’agirait donc d’une cachette métabolique et, comme je l’ai dit plus haut, cette situation est réversible, si l’on stoppe l’apport hypercalorique, la cellule subit alors une redifférenciation et retrouve un métabolisme normal !

Une théorie unificatrice 

Chez un individu génétiquement prédisposé et présentant une résistance musculaire à l’insuline, l’hyperinsulinémie conséquente va, en présence d’apport calorique trop important, induire une synthèse accrue des lipides au niveau hépatique qui vont provoquer une résistance à la suppression de glucose, provoquée par l’insuline, ce qui va dans un premier temps augmenter la sécrétion d’insuline. Celle-ci va inciter le foie à sécréter des triglycérides qui, comme décrit plus haut, vont diriger la cellule bêta vers une dédifférenciation.
La réversibilité du diabète de type 2, lors d’une diète hypocalorique, s’explique donc par une redifférenciation de la cellule bêta, par cessation du stress du réticulum endoplasmique, dû à la réduction massive des triglycérides et des acides gras libres. Par des imageries sophistiquées (résonance magnétique nucléaire) les auteurs de ces études, qui ont utilisé la diète hypocalorique, ont pu mettre en évidence une spectaculaire diminution des triglycérides au niveau à la fois du pancréas et du foie, ce qui colle parfaitement aux mécanismes métaboliques cités plus haut.

Diabète relativement récent
Un gros bémol subsiste cependant !
Cette redifférenciation n’est possible que chez les diabètes d’instauration relativement récente.
En effet, les études ont montré qu’après dix ans de diabète, cette réversibilité devenait impossible et les lésions de la cellule bêta étaient définitives.

« Après dix ans de diabète, la réversibilité devient impossible et les lésions de la cellule bêta sont définitives »

Ce type de diète doit donc être prescrit précocement, un diabète diagnostiqué il y a 10 ans et plus ne saurait bénéficier de ce type de traitement.
Il est intéressant de constater que ces résultats impressionnants sont obtenus sans médicaments, mais nécessitent bien entendu la collaboration active du diabétique !
L’investissement est lourd, certes : huit semaines avec 600 calories par jour, avec une phase de consolidation et de réintroduction progressive d’une alimentation normale. Cependant, pour ceux qui peuvent se prêter à cette épreuve, le jeu en vaut la chandelle !

Dr Nicolas von der WEID

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