Cyril Hedbaut : triathlon et diabète sont parfaitement compatibles

Diabétique de type 1 depuis l’âge de 27 ans, aujourd’hui âgé de 39 ans, Cyril Hedbaut a toujours été un sportif. Il s’est mis au triathlon après avoir appris sa maladie. C’est dans l’effort qu’il trouve son équilibre et un plaisir, parfois proche de l’euphorie. Il se prépare actuellement pour l’Ironman de Lanzarote, aux Canaries.

Cyril Hedbaut lors de l'Ironman de Majorque

Barbe de bûcheron, physique athlétique mais sans excès, la poignée de main ferme, le sourire avenant, le verbe chaleureux, Cyril a toutes les apparences d’une personne bien dans sa peau, ouverte au monde et dynamique. Pourtant, lorsqu’il a appris son diabète alors qu’il approchait la trentaine, la surprise fut totale et le moral en berne. Mais très rapidement, il positive : « j’allais devoir vivre avec une maladie chronique, je n’avais pas le choix. Pour faire face, j’ai choisi de l’aborder jour après jour, sans me projeter. Certes, on doit y penser tout le temps, mais soyons clair : d’autres malades chroniques souffrent plus que çà ».

Le bonhomme est philosophe et refuse de s’apitoyer sur son cas. Reste, toutefois, une interrogation  : pourquoi ce diabète et aussi tard ? La faculté n’a pas réussi à trouver une explication convaincante.

Et Cyril garde un souvenir pénible de la période qui a précédé le diagnostic : « pendant trois mois, j’ai perdu du poids – quasi 20 kilos, passant de 80 à 60. Pour compenser, je dévalisais le frigo. J’avais aussi une soif inextinguible et buvais 7 à 8 litres d’eau par jour. La fatigue était intense. Je continuais pourtant à faire du sport et à mener une vie (professionnelle et personnelle) aussi normale que possible… Puis, un jour, un test sanguin a révélé le pot aux roses : j’avais 4 gr de sucre dans le sang. J’ai alors été hospitalisé pendant trois jours à St-Julien (en Genevois) afin de me stabiliser et de me conseiller. Une fois sorti, la routine quotidienne du traitement a commencé ». Si sa compagne Chloé, devenue depuis son épouse, a plutôt bien digéré la nouvelle, il n’en a pas été de même des parents de Cyril qui ont été très peinés et choqués par ce qui arrivait à leur fils.

Sport et nature
Cyril Hedbaut est tombé très tôt dans la marmite du sport. Son père, originaire de Pau, mais installé dans le nord de la France, fait le choix, il y a quarante ans, de s’installer avec son épouse à St-Genis-Pouilly, dans le pays de Gex, à deux pas de Genève. Le « nordiste » répond à l’appel de la montagne et se rapproche des massifs qu’il adore parcourir de long en large. Alpiniste, il s’attaque aux 4 000 alpins et gravit le Mont-Blanc à maintes reprises, multiplie les balades en montagne et passe le virus à son fils cadet, Cyril, qui, très tôt, sillonne le Jura avec ses copains et forge son amour de la nature. Décidément très entreprenant, le père crée le ski-club de St-Genis-Pouilly et devient l’entraîneur des enfants du coin.
Dans un tel contexte, Cyril s’adonne avec bonheur au ski, au vélo et à la musculation. Mais, c’est surtout le contact avec la nature qui le motive : « mon enfance est bercée par les incursions en forêt où, avec les copains, on aimait construire des cabanes. Le dimanche, on faisait le pari d’aller le plus loin possible dans la montagne : on s’enivrait de ces moments de pure liberté ».

« Je fais mes courses sans me piquer, tout en étant très attentif aux risques d’hypoglycémie »

Ce n’est ainsi pas un hasard si Cyril entre à 14 ans dans un internat, près de Cruseilles, où l’on forme les bûcherons et les agriculteurs. « Je voulais être garde-forestier », Cyril qui obtient à 18 ans son BEP de bûcheron. Puis il bifurque vers une école de commerce, bien décidé à obtenir un bac pro commercial. « Je n’y suis resté que quinze jours, car j’ai été immédiatement engagé dans un magasin de sport, au pied du Vuache, qui vendait des snowboards et des planches à voile. Tout, alors, s’enchaîne, raconte Cyril, avec l’idée d’associer le bucheronnage l’été et les sports de glisse l’hiver. J’obtiens, dans la foulée, un diplôme de ski-man et devient prof de ski. Puis j’enchaîne les jobs à Tignes, Verbier, à La Faucille ». Aujourd’hui, Cyril est employé dans un magasin de vélos, rue de Lausanne, à Genève.

Etapes successives d'un Ironman :

Natation (sortie de l'eau)
Vélo
Course à pied...
et arrivée!

Petite reine
Lors de son installation, il y a six ans à Genève, il abandonne la voiture au profit du vélo. Désormais, tous ses déplacements se feront à deux roues ou avec les transports en commun. « J’ai rapidement senti la différence, se souvient Cyril. Presque d’un jour à l’autre, je me suis senti très bien physiquement. La gestion du diabète n’a pas toujours été évidente car la charge sportive était lourde, mais peu à peu j’ai appris à sentir et à écouter mon corps, à mieux évaluer ce dont j’avais besoin en fonction des variations du taux de glycémie ».

« Premier triathlon à Rumilly : c’est incroyablement ludique »


« Dans un premier temps, poursuit Cyril, j’ai assuré mon traitement grâce à mon stylo d’insuline lente. C’était à la fois pratique – une injection par jour – et complexe à manier car il fallait que je prévoie mes entraînements à vélo quasiment douze heures à l’avance… C’est pourquoi je suis passé quelques années plus tard (en 2016) à la pompe à insuline ».


Il faut dire que Cyril Hedbaut n’est pas du genre à se ménager. Ainsi, avant de s’engager à fond dans le triathlon, il y a 8-9 ans, il s’est vraiment pris de passion pour le vélo, après qu’une double opération des genoux (ligaments croisés) eut mis fin à ses rêves de glisse. Et, comme Cyril ne laisse rien au hasard, il s’est rapidement concocté un « petit » programme d’entraînement : 3 000 km, la première année ; 5 000 km, la deuxième et 10 000, la troisième (c’était en 2008) ! Le cycliste en sort satisfait, sa gestion du diabète s’affine sortie après sortie ; physiquement, moralement, il est fit.

Marathon

Jusqu’au jour où, au détour d’une épreuve cycliste, Cyril rencontre un fondu du triathlon. Le triathlon, c’est de la natation, du vélo et de la course à pied, dans cet ordre. Qu’à cela ne tienne, le cycliste ajoute une première corde à son arc et se met aussitôt – et assidûment – à la course à pied. Premier galop d’essai : un 10 km dans la région genevoise. Cyril est emballé : « l’ambiance était géniale et j’ai eu de bonnes sensations ».

« C’est devenu un hobby où le partage avec les autres concurrents et le dépaysement comptent autant que le temps final »


Dans la foulée, il s’attaque au semi-marathon de Genève, enchaîne avec le marathon de Lausanne. « J’y suis allé de manière très progressive, relève Cyril, notamment dans la gestion de mon diabète en course. J’ai beaucoup échangé avec mon médecin traitant mais, dans la pratique, seules comptent ses propres expériences. C’est ainsi que j’ai appris crescendo comment progresser : je fais mes courses sans me piquer, tout en étant très attentif au risque d’hypoglycémie ; c’est pourquoi je me resucre, en gros toutes les heures, avec des barres de céréales. Un coup de fatigue, des picotements dans les lèvres, des lèvres sèches sont autant de signes qui m’indiquent que faire et à quel moment ».

Cap sur l’Ironman de Lanzarote

Prochain défi, direction Les Canaries où aura lieu, le 20 mai prochain, l’Ironman de Lanzarote. Cyril Hedbaut s’y prépare activement, à raison de 10 à 15 heures par semaine, dans les trois disciplines de ces triathlons de l’extrême, soit 226 kilomètres en continu à la nage, en vélo et à pied.

« A l’entrainement, la priorité est donnée au vélo, explique Cyril, car 50 % du temps d’un Ironman se passe sur la bicyclette. La partie natation ne doit pourtant pas être négligée : quand on sort de l’eau, il faut être frais. Quant à la course à pied, c’est souvent le moment le plus critique et là que surviennent les défaillances. On est généralement fixé après 15 − 20 bornes ; si ça passe, il est rare de ne pas aller jusqu’au bout ».

Cherche sponsors
Cyril Hedbaut tient à remercier la Fondation pour la recherche sur le diabète qui lui apporte un soutien financier et moral. A ces remerciements, il associe également la Doctoresse Bettina Peter-Riesch, le Dr Giacomo Gastaldi et l’infirmier Georges Cimarelli.

Sachez, d’autre part, qu’il est encore à la recherche de sponsors pour cette aventure canarienne.

Et pour ceux qui souhaitent suivre ses exploits, diabétiques ou non, il donne rendez-vous sur sa page Facebook – tapez Cyril Irondiabetic –,
sur laquelle il aime autant présenter sa passion pour le sport que la partager.

P.M.

 

Nager ? Pourquoi pas
Pédaler, courir : c’est parfait, mais cela ne suffit pas. Pour faire un triathlon, il faut aussi nager… et pas comme un fer à repasser. « J’étais un piètre nageur, concède Cyril. En plus, depuis mon enfance, j’avais peur de l’eau. C’était donc mal parti ». La nage n’était pas vraiment son truc, mais il s’y lance à corps perdu. Rien de mieux qu’un stage en eaux profondes : ce sera donc de la plongée à Hurgada, en Mer rouge. « La mer était si limpide que, lors de ma première plongée, j’ai eu le vertige ! Le fond de l’eau m’attirait irrésistiblement ; pas très confortable. Et puis, les choses sont allées mieux, au rythme de deux à trois plongées par jour. Depuis, l’eau m’est devenue familière ».

« Je me suis alors engagé dans un premier triathlon de courte durée à Rumilly (1,5 km de natation, 40 km de vélo, 10 km de course à pied). Et ça s’est très bien passé. C’est incroyablement ludique. On se défonce avec des centaines d’autres participants, des cracks comme des amateurs ; les contacts sont très sympas, personne n’a la grosse tête ».

L’entraînement, Cyril s’y adonne quotidiennement, s’il en la possibilité, et tous les week-ends. Mais le bonhomme a la tête sur les épaules : « mon pilier, ma base, c’est la famille ; et de chaque côté figurent, à droite, le travail et, à gauche, le sport ». Toujours est-il que Madame s’est mise à la course à pied ; « en vacances, on s’entraîne ensemble ».


50 % du temps d'un Ironman se passe sur la bicyclette

L’homme de fer
Toujours insatiable et décidé, Cyril Hedbaut passe la vitesse supérieure : c’est désormais l’Ironman qui l’attire, l’épreuve la plus longue et la plus dure du triathlon, avec une distance totale de 226 kilomètres (3,8 km de natation, 180,2 km de cyclisme et 42,19 km de course à pied, soit, tout bonnement, un marathon). Il choisit l’Ironman de Zurich pour se lancer : « sur la ligne de départ, j'étais zen se souvient-il. Au bout de la course, soit près de 12 heures d’effort, j’en suis sorti euphorique. Tout avait bien fonctionné. Ma gestion du diabète avait été parfaite. J’étais très heureux ».

L’expérience suivante, à Nice, a été moins concluante : « J’en ai bavé, peut-être en raison d’un surentrainement. Toujours est-il que je suis allé au bout de moi-même. Sur la ligne, j’ai pleuré. Là, j’avais touché à mes limites, mais aussi beaucoup appris. En effet, lorsqu’on a un coup de mou, il faut patienter et petit à petit l’énergie revient. Les sports d’endurance, c’est comme la vie ».

Un mode de vie
Une vraie philosophie, si l’on écoute cet « homme de fer ». « A mes débuts, ajoute-il, je voulais finir en beauté, relever le défi, me dépasser. Aujourd’hui, ce n’est plus la performance pour la performance que je recherche. C’est devenu un hobby où le partage avec les autres concurrents et le dépaysement comptent autant que le temps final. Je le répète, le triathlon est avant tout un état d’esprit, un mode de vie, celui dans lequel j’ai trouvé mon équilibre ».
+Depuis mars 2016, Cyril Hedbaut est équipé d’une pompe à insuline Medtronic. Pour équilibrer son diabète, il lui a fallu tout réapprendre. Neuf mois de travail minutieux pour retrouver le réglage basal de son diabète, avec quelques petits soucis, comme un capteur glycémique qui s’est décollé et dont les données n’étaient pas fiables. « Ce jour-là, le 21 août 2016, à l’Ironman de Copenhague, je n’ai pas terminé l’épreuve. Après 10 heures d’effort, j’ai décidé de ne pas prendre de risque pour ma santé. Pourtant, je me sentais très bien, mais il faut savoir composer avec son diabète ». Malgré cet épisode, Cyril est désormais convaincu par l’usage de la pompe qui, pour lui, représente « une vraie libération et un grand confort ».

Pierre Meyer

Des nouvelles de Charaf

De nombreux lecteurs se sont émus des problèmes rencontrés à l’école par le jeune Charaf (8 ans), diabétique de type 1, dont le portrait est paru dans le d-journal de décembre dernier.

L’infirmière de diabètefribourg qui s’occupe de lui et de sa famille m’a récemment donné des nouvelles toutes fraîches de cet enfant et elles sont bonnes. En effet, plusieurs rencontres ont eu lieu depuis la fin de l’année dernière avec la direction de l’école et certaines familles, et les relations de Charaf avec ses petits camarades se sont bien améliorées : Charaf a pris davantage d’autonomie et sait aujourd’hui mieux se défendre face aux brimades dont il était l’objet.

Concernant son diabète, la situation est également meilleure ; désormais, il comprend mieux sa maladie et en assume davantage les implications sur sa vie quotidienne.

Enfin, Charaf pratique le français avec plus d’aisance, ce qui facilite les échanges avec les personnes qui s’occupent de lui, que ce soit l’infirmière de diabètefribourg ou ses enseignants.

Bravo Charaf et bon vent.

P.M.

 

 

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