« Chez le médecin, enlevez vos chaussettes et montrez vos pieds »

Pieds de la personne diabétique

Les atteintes aux pieds figurent parmi les complications les plus invalidantes du diabète (type 1 et 2 confondus) pouvant déboucher, à l’extrême, sur une amputation. Mais celle-ci peut, la plupart du temps, être évitée si des mesures préventives adaptées sont mises en œuvre par les professionnels de la santé et des patients avertis. 

Ce conseil pressant aux patients diabétiques émane de la doctoresse Bettina Peter-Riesch, diabétologue, qui conjugue une pratique privée et une activité universitaire au Service de diabétologie, endocrinologie, hypertension et nutrition des HUG, à Genève. Pourquoi un tel appel ? « Parce que deux tiers des patients diabétiques développent une neuropathie diabétique ; parce qu’un quart des patients présenteront un ulcère cutané une fois dans leur vie et 20 % de ces ulcérations aboutiront à une amputation ! », est-il ainsi écrit dans une récente publication. (1)

Trop d’amputations

Or, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 80 % des amputations pourraient être évitées. Un constat partagé par Bettina Peter-Riesch qui considère que « l’amputation est une conséquence directe de l’échec de la prévention, soit la démonstration que ni le médecin, ni le patient, n’ont réagi aux signaux d’alerte ».

L’enjeu est d’autant plus important que, contrairement à ce qui est habituellement perçu, le nombre de patients diabétiques hospitalisés avec ulcère (l’une des complications les plus fréquentes) a augmenté, entre 2003 et 2008, de 112 % (628 à 1 333 cas), selon une étude parue dans la Revue Médicale Suisse (2) en 2012. Cette source indique également que, pour la même période, « le nombre annuel de diabétiques hospitalisés pour amputation a augmenté de 26 % (de 982 à 1 234 cas). Ils représentaient 2,2 % de la population des diabétiques hospitalisés ». Les hommes sont touchés deux fois plus fréquemment que les femmes. 

Plaques rouges
Talon crevassé

« L’amputation est une conséquence directe de l’échec de la prévention »

L’auteur de cette étude insiste sur le fait que « les complications vasculaires périphériques, et en particulier le pied diabétique, sont un problème médical, social et économique majeur » et conclut que « les hospitalisations pour pied diabétique constituent un problème de santé public important, en aggravation ». 

Prévention active

Face à un tel défi, il existe une réponse simple à mettre en œuvre, mais qui implique une prise de conscience forte, aussi bien chez les professionnels que chez les patients : la prévention active. Par ce concept, la doctoresse Bettina Peter-Riesch entend faire passer ce message : les professionnels de la santé (médecins, infirmières, podologues) doivent porter la plus grande attention à la santé des pieds de leurs patients diabétiques, dès que le diagnostic d’une perte de la sensibilité protectrice est posé ; les patients eux-mêmes doivent également être très attentifs, tous les jours, à toute évolution, même minime, tous symptômes d’alerte, qu’ils peuvent constater sur leurs pieds et qui doit les conduire impérativement à consulter.

Ce d’autant plus que les maux affectant les pieds sont SILENCIEUX. En effet, lorsque le système nerveux commence à être endommagé, « le pied douloureux est insensible, rappelle Bettina Peter-Riesch : un terrible paradoxe ! »

A quoi le patient doit-il être attentif ?

« En premier lieu, le patient diabétique devrait être à l’écoute de ses pieds. Ressent-il les sensations suivantes : pied en coton ou en carton, baisse de la sensibilité, fourmillement, sensation de brûlure ? Cela signifie que les terminaisons nerveuses sont endommagées. Dans tous ces cas, le patient doit consulter ».

Ces sensations ont un lien avec une atteinte neuropathique (atteinte d’un nerf), atteinte qui est responsable d’une perte de la sensibilité protectrice. Il y a trois types d’atteinte neuropathique :

1) L’atteinte sensitive est une perte des fibres sensitives qui va diminuer la sensibilité nociceptive (réception de la douleur), vibratoire, proprioceptive (sensibilité aux informations provenant des muscles, articulations et os), thermique et tactile du pied. La perte de la sensibilité protectrice a pour effet que le patient ne ressent pas de douleur suite à une lésion ou un trauma.

2) L’atteinte motrice : c’est une atteinte des fibres motrices qui va créer un déséquilibre entre fléchisseurs et extenseurs du pied, entraînant progressivement des déformations des orteils et la rétractation des tendons extérieurs.

3) L’atteinte neurovégétative qui provoque la sécheresse de la peau et la formation d’hyperkératose (durillons) aux zones du pied exposées à des charges.

Autre cause impliquant un risque important, l’artériopathie périphérique, soit une diminution de l’apport sanguin artériel qui est par exemple à l’origine des risques d’ulcération ; elle touche 50 % des patients diabétiques. Pratiquement, cela se traduit par des pieds froids, des talons crevassés, des durillons ou des plaques rouges persistantes. Dans ce cas, « l’évaluation de l’état vasculaire du patient est essentielle », souligne l’article de Johanna Sommer et de Bettina Peter-Riesch. Afin d’éviter les frictions, les frottements ou encore des zones plantaires d’hyper-appui, il convient d’apporter toute son attention aux chaussures puisque le risque de traumatisme est dû à un chaussage inadapté.

Quelles sont les mesures à prendre ?

Les chaussures : « 80 % des blessures sont dues à des chaussures inadaptées, affirme la doctoresse Bettina Peter-Riesch. Comme les personnes souffrant du pied diabétique perdent peu à peu leur sensibilité, elles ont tendance à trop les serrer pour avoir des sensations, ce qui ne fait qu’accroître le risque. Bien vérifier, en outre, qu’il n’y a aucun corps étranger dans la chaussure. Enfin, je conseille de ne jamais marcher pieds nus ».

Les plaies : pour Bettina Peter-Riesch, « une plaie qui saigne plus de deux jours ou une plaie qui n’est pas guérie au bout d’un mois doit alerter le patient diabétique. Dans ces cas, il doit impérativement consulter, car il peut s’agir soit d’une atteinte artérielle, soit d’une atteinte osseuse qui nécessite une prise en charge médicale ». La diabétologue recommande également au patient diabétique de protéger ses pieds de toute blessure, tout particulièrement lors du coupage des ongles.

Les contrôles : ils sont impératifs. Leur fréquence dépend du risque : d’une fois par an pour le risque faible à quatre fois par an, voire tous les mois, pour le risque élevé. Un « score de risque », assorti de recommandations, a été élaboré par la Société suisse d’endocrinologie et de diabétologie (SSED) ; il s’adresse aux professionnels de la santé. (3)

Les contrôles sont techniquement simples. S’agissant de l’artériopathie périphérique, il convient de rechercher les pouls des membres inférieurs, notamment grâce à l’index bras cheville (ABI) qui peut être pratiqué chez le généraliste. En ce qui concerne la perte de sensibilité protectrice, trois examens sont recommandés, soit par la mesure avec le diapason Rydel-Seiffer, soit par le monofilament, soit encore par le vibratip, un petit appareil, à la fois pratique, simple d’utilisation et accessible financièrement, « dont les associations pourraient s’équiper », suggère la doctoresse Peter-Riesch.

La perte de sensibilité protectrice peut également être la conséquence d’une carence en vitamine B12 : dans ce cas, un simple apport vitaminique peut régler le problème.

Education thérapeutique : « Chez tout patient diabétique, la prévention des lésions du pied est primordiale. L’éducation thérapeutique du patient est irremplaçable pour lui enseigner le contrôle des pieds, le chaussage adéquat et le traitement des ongles sans objet tranchant, etc. », préconise enfin Bettina Peter-Riesch. Il faut, en effet, associer les soignants, les patients et leur famille pour que la prévention et la prise en charge des pieds de la personne diabétique soient aussi efficaces que possible.

Les médecins (généralistes et spécialistes), les infirmières et les pédicures-podologues certifiés, les unités spécialisées et interdisciplinaires, les bottiers orthopédistes sont en première ligne. N’hésitez pas à les solliciter au moindre doute sur la santé de vos pieds !

Pierre Meyer

(1) Titre de l’article : Le pied diabétique au cabinet du médecin généraliste publié par Primary and Hospital Care, une publication des Editions Médicales Suisses EMH, 2016. Auteures : Johanna Sommer et Bettina Peter-Riesch.

« 80 % des blessures sont dues à des chaussures inadaptées »

La perte de sensibilité protectrice peut également être la conséquence d’une carence en vitamine B12 : dans ce cas, un simple apport vitaminique peut régler le problème.

Education thérapeutique : « Chez tout patient diabétique, la prévention des lésions du pied est primordiale. L’éducation thérapeutique du patient est irremplaçable pour lui enseigner le contrôle des pieds, le chaussage adéquat et le traitement des ongles sans objet tranchant, etc. », préconise enfin Bettina Peter-Riesch. Il faut, en effet, associer les soignants, les patients et leur famille pour que la prévention et la prise en charge des pieds de la personne diabétique soient aussi efficaces que possible.

Les médecins (généralistes et spécialistes), les infirmières et les pédicures-podologues certifiés, les unités spécialisées et interdisciplinaires, les bottiers orthopédistes sont en première ligne. N’hésitez pas à les solliciter au moindre doute sur la santé de vos pieds !

Pierre Meyer

(1) Titre de l’article : Le pied diabétique au cabinet du médecin généraliste publié par Primary and Hospital Care, une publication des Editions Médicales Suisses EMH, 2016. Auteures : Johanna Sommer et Bettina Peter-Riesch.

(2) Titre de l’article : Impact médical hospitalier du pied diabétique en Suisse, Revue Médicale Suisse, www.revmed.ch, 6 juin 2012. Auteure : Caroline Pedgrift Krzywicki.

(3) La SSED a publié une brochure intitulée « Prenez les pieds en main » et un score de risque en ligne est disponible sur le site internet de la SGED / SSED :

www.sgedssed.ch/home/recommandations_pratiques/

Le Programme Cantonal Diabète du canton de Vaud a également publié récemment une brochure tout public intitulée « Le diabète et mes pieds ». Elle est disponible à l’adresse mail suivante : programme.diabete@diabete-vaud.ch ou par téléphone au 021 654 20 50, ou encore en ligne sur : 

www.pcd.diabete-vaud.ch

La Doctoresse Bettina Peter-Riesch

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