Les complications musculo-squelettiques dans le diabète

DES PROBLEMES ARTICULAIRES DUS AU DIABETE

Quand on parle des complications tardives du diabète, on entend par là les problèmes cardiovasculaires, rénaux, ophtalmologiques et neurologiques. Il existe cependant un aspect souvent négligé dans le diabète, qui sont les problèmes articulaires, ainsi que ceux des mains et des compressions nerveuses des extrémités. J’ai décidé de m’étendre un peu sur ces problèmes, qui sont importants et peuvent empoisonner la vie de plusieurs diabétiques.

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Jusqu’à présent, ce type de pathologie était considéré comme accompagnant le diabète, mais il me semble maintenant entièrement justifié de le considérer comme une  complication du diabète.   

Pour illustrer mon propos, je m’appuie sur une étude parue récemment dans la revue « Diabetes Care ». Celle-ci a suivi 1 217 patients diabétiques de type 1 pendant 24 ans afin de caractériser ce type de complications.

Ces patients ont été sélectionnés, car ils avaient participé à la première grande étude qui visait à établir si un bon contrôle du diabète pouvait éviter ou ralentir les complications secondaires du diabète. Cette étude, dont vous avez sans doute entendu parler, car elle est très souvent citée, est parue en 1993 dans le « New England Journal of Medecine ». Ce travail a été d’une importance prépondérante, puisque pour la première fois, on a pu prouver qu’un diabète bien contrôlé pouvait diminuer ou ralentir les complications microangiopathiques du diabète. Cette étude est connue sous l’acronyme DCCT, pour Diabetes Control and Complications Trial Research Group.

Une fois l’étude terminée, on a continué à suivre un bon nombre de ces patients pour objectiver, si possible, à long terme, les bénéfices d’un traitement intensif dans une post-étude appelée EDIC. Ces résultats concernent donc des patients diabétiques de type 1, mais ils peuvent parfaitement, à mon sens, être extrapolés à des patients diabétiques de type 2


Description des troubles musculo-squelettiques étudiés
1)    La capsulite rétractile de l’épaule, plus connue sous le nom de périarthrite de l’épaule, atteindra l’épaule droite chez les droitiers, et l’épaule gauche chez les gauchers. Elle se présente, sous la forme d’une douleur dans la région supérieure de l’épaule, mais pouvant irradier le bras. La mobilisation de l’articulation peut être extrêmement douloureuse et certains patients ne peuvent plus lever leur bras à plus de 70 ou 80 degrés. De plus, il devient impossible de porter des charges et, enfin, des douleurs nocturnes empêchent le patient de dormir sur le côté atteint

2)    Une pathologie appelée cheiroarthropathie recouvre 3 types de problèmes :
a)    Un important raidissement des mains, caractérisé par le signe du Prieur.
b)    Une rétractation importante du tissu de la paume de la main, appelée maladie de Dupuytren, pouvant amener une importante diminution fonctionnelle de la main atteinte.
c)    Un doigt à ressaut ou ténosynovite des fléchisseurs, lorsque le doigt se bloque en flexion, le patient doit le remettre en position normale avec son autre main.

3)     Le syndrome du tunnel carpien, ou syndrome de compression du nerf médian qui, pour le patient, se traduira par des engourdissements, tout d’abord nocturnes, des 3 premiers doigts de la main atteinte. Si aucun traitement n’est entrepris, la progression de la maladie pourra aboutir à une perte de sensibilité des 3 premiers doigts, avec, plus tardivement, une perte de la force de la main

L’étude que je cite a révélé que les troubles musculo-squelettiques sont des plus fréquents, puisque 66 % des patients observés en étaient atteints.

Les facteurs de risque identifiés comme accroissant ce type d’affection sont la durée du diabète, un mauvais contrôle glycémique, le sexe féminin, ainsi que la présence d’une neuropathie et d’une rétinopathie. Il semblerait que la néphropathie ou l’atteinte rénale n’entre pas en ligne de compte comme facteur de risque. Dans les deux groupes étudiés, c’est-à-dire, ceux qui avaient été traités de façon intensive lors de l’étude et ceux traités de façon dite conventionnelle, peu de différence dans la prévalence des troubles musculo-squelettiques, puisque 64 % de ceux du 1er groupe présentaient cette complication, et 68 % pour ceux du 2ème groupe

Si nous regardons maintenant les types de pathologies considérées, la périarthrite de l’épaule semblerait le trouble le plus représenté avec une fréquence de 31 % dans les populations étudiées, suivi par le syndrome du tunnel carpien avec 30 %, venant ensuite successivement, le doigt à ressaut (28 %), le signe du Prieur (22 %), et la maladie de Dupuytren (9 %).

Les problèmes musculo-squelettiques ne font classiquement pas partie du cortège des complications secondaires du diabète que l’on recherche systématiquement, et je pense que c’est un tort, car ils peuvent être gravement invalidant et grever lourdement la qualité de vie du patient diabétique.

Précautions à prendre
Comme cité plus haut, la capsulite rétractile de l’épaule, outre le fait qu’elle rend l’usage du bras quasiment impossible, peut être atrocement douloureuse et empêcher même le patient de dormir. Cette complication doit être connue et détectée, car elle peut se soigner, tout d’abord, par la physiothérapie, pour empêcher l’épaule de se geler. Si ces mesures ne suffisent pas, on peut envoyer le patient chez un rhumatologue, qui pourra effectuer une infiltration de stéroïdes, visant à soulager considérablement les douleurs.

A cet égard, il convient que le patient avertisse le rhumatologue que son diabète est contrôlé et surveillé que le cas échéant, celui-ci puisse prendre contact avec son diabétologue.

En effet, les rhumatologues rechignent souvent à effectuer une infiltration de cortisone chez un patient diabétique, cette infiltration pouvant déséquilibrer le diabète pour une durée d’une semaine environ. Cependant, chez un diabétique bien surveillé, le diabète ne constitue en aucun cas une contre-indication à ce type de procédure.

En cas de doute concernant un syndrome du canal carpien, le patient devra être envoyé, sans délai, chez un neurologue, qui effectuera un examen visant à établir ou non la nécessité d’une intervention chirurgicale. Si on laisse trop traîner les choses, on peut aboutir à une perte de la sensibilité des doigts, qui est extrêmement invalidante pour les tâches multiples et quotidiennes, reboutonner un habit par exemple. De plus, la perte de sensibilité pourra occasionner des blessures ou des brûlures sur les doigts insensibles.

Le doigt à ressaut et la contracture de la main, due à la maladie de Dupuytren, peuvent également être opérés par un chirurgien de la main, ce qui peut considérablement améliorer la qualité de vie du patient ; pensez par exemple à un musicien ou à un artiste en art plastique ayant perdu l’usage de sa main, à cause de cette affection.

Pour résumer, le patient, souffrant de ce type de complications, doit en parler à son médecin traitant, qui prendra les mesures nécessaires.
Les problèmes décrits plus haut ne menacent pas la vie de celui qui en souffre, mais elles peuvent lui empoisonner la vie, et il faut qu’il sache qu’un soulagement considérable peut lui être apporté, et que les investigations nécessaires doivent être menées sans trop de délai.

Dr Nicolas von der WEID

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