Guérir ou venir à bout du diabète de type 2 par une perte de poids ?

ENTRE BEAUX ESPOIRS ET RÉALITÉ PRÉSENTE

Ce titre, accrocheur et séduisant, est paru dans la grande presse anglophone et francophone, suscitant des espoirs chez nombre de diabétiques. Intrigué par cette affirmation fracassante, je suis remonté à la source en lisant l’article scientifique en question, afin de pouvoir vous le commenter.

Dr Nicolas von der Weid
Bruegel l'Ancien – Le combat de Carnaval et de Carême, 1559 (détail : Carnaval sur le tonneau)
Bruegel l'Ancien – Le combat de Carnaval et de Carême, 1559 (détail : Carême sur ses roulettes)

Ce travail est paru en juin 2011 dans la fort sérieuse revue «Diabetologia», sous le titre «Reversal of type 2 Diabetes : normalisation of beta cell function in association with decreased pancreas and liver triacylglycerol».

L’hypothèse de départ est fournie par l’observation que la chirurgie baryatrique (court-circuitage de l’estomac permettant une perte de poids à d’irréductibles obèses) était suivie, chez des patients diabétiques, par une rapide et spectaculaire amélioration des glycémies. Cette amélioration survenait bien avant une perte pondérale et ne s’expliquait pas non plus de façon péremptoire par des modifications de sécrétions d’hormones intestinales (les incrétines).

Les auteurs de cette étude ont donc fait la conjecture qu’un apport calorique drastiquement diminué était sans doute responsable de cet effet quasi-miraculeux. Je vous livre ici les résultats bruts de ce travail, avant de commenter certains aspects qui me semblent dignes d’intérêt.

Comme au camp de concentration…
Onze diabétiques ont été soumis à un régime des plus sévères : 600 Kcal/jour (à peu près la ration des camps de concentration nazis !) et ont été étudiés après 1, 4 et 8 semaines de cette diète. Après une semaine, leurs glycémies à jeun se sont normalisées chez tous.

Une notable augmentation de l’activité de l’insuline sur le foie a été observée, ainsi qu’une quasi normalisation de la sécrétion précoce de l’insuline, dont la disparition est une des caractéristiques du diabète de type 2.

Un des aspects les plus intéressants de ce travail est une étude morphologique. En utilisant une technique de résonance magnétique nucléaire, les auteurs ont démontré une diminution de 12 à 2% de certains composés lipidiques du foie, et de 8 à 6% des mêmes composants au niveau du pancréas, soit un retour à une situation normale.

Après 8 semaines de ce régime, les patients ont repris leur alimentation habituelle, mais surveillée. Et ils ont été étudiés à nouveau 4 semaines après la fin de la diète. A 12 semaines, les contenus en graisses du foie et du pancréas des participants sont restés bas. Quant aux autres patients du départ, sept présentaient des taux de glycémie normaux, à jeun et postprandiaux. Trois patients ont vu leur diabète rechuter, avec des glycémies postprandiales excessives. Un seul a été sorti de l’étude.

Des diabètes encore «jeunes»
Peut-on donc dire qu’une diète sévère peut «guérir» un diabète de type 2 ? Voyons d’un peu plus près les caractéristiques des personnes étudiées. Aucune n’avait un diabète de plus de quatre ans, ni d’hémoglobine glyquée (HbA1c) dépassant 9%. Etant dans une phase précoce de la maladie, elles conservaient une insulinosécrétion améliorable, ce qui n’aurait pas été le cas chez des diabétiques depuis vingt ans et plus.

Ces résultats ne sont donc pas applicables à tous les diabétiques ! De plus, observons l’évolution du poids des patients étudiés. Ils ont perdu 15 kg pendant les deux premiers mois de diète. Un mois après la reprise d’une alimentation normale, ils avaient repris 3 kg. Cela peut sembler raisonnable, mais ils n’étaient alors qu’à un mois de reprendre une alimentation normale. Si cette reprise de poids se poursuivait régulièrement, qu’en serait-t-il dans une année ?

On sait fort bien qu’à la suite d’un régime fortement hypocalorique, le corps modifie son métabolisme : il dirige dès lors les nutriments vers le tissu de réserve, à savoir le tissu graisseux !

De plus, une étude très élégante, parue dans le «New England Journal of Medicine» en octobre 2011, a bien démontré qu’après une perte de poids survient un changement des hormones qui contrôlent l’appétit et la satiété. Les auteurs ont démontré un accroissement des hormones qui augmentent l’appétit, accroissement encore présent et efficace un an après le contrôle. Tout se conjugue donc pour atténuer ou faire disparaître, à long terme, les effets bénéfiques d’un régime hypocalorique.

Pas valable pour la majorité
En résumé, les résultats de cette étude, avec un nombre restreint de patients, ne me paraissent pas applicables à une forte majorité des patients diabétiques. Cependant, le plus intéressant me semble être l’aspect morphologique de l’étude. Le rôle toxique des acides gras et le dépôt des triglycérides hépatiques et pancréatiques jouent un rôle évident dans la genèse de la résistance hépatique à l’insuline et dans la sécrétion d’insuline.

Il y a là une piste fondamentale à explorer pour le traitement du diabète de type 2, et c’est là le plus passionnant. Arriver à diminuer le contenu en graisse du foie et du pancréas permettra des améliorations métaboliques spectaculaires. Je pense donc que l’affirmation qu’une diète hypocalorique peut «guérir» le diabète de type 2 est inexacte. Néanmoins, ce travail a mis en lumière l’importance capitale de l’accumulation des graisses hépatiques et pancréatiques.

Dr Nicolas von der Weid

Vers le haut